• Merhaba

     

     

                                   

     

    Arborant fièrement les couleurs de la patrie, le poste de douane nous ouvre les portes de l’0rient.

    « Hos Geldiniz »

     

                        

     

    L’excitation est à son comble, après plus d’une semaine et demie de labeur, un panneau nous positionne à 220 Km d’Istanbul. Libérés des formalités, nous nous dirigeons vers Ipsala. Les cinq kilomètres qui séparent la ville de la frontière me permettent de prendre la température à laquelle je serai mangé le lendemain. Comme un jeune chiot, je suis surexcité. Resplendissant d’une joie démesurée à chaque coup de klaxon, je fais la course avec des automobilistes stupéfait par mon comportement.

     

                        

     

    Ipsala, premier contact avec la Turquie, et premier constat, un joyeux chantier. Charrettes et tracteurs occupent la route, petites échoppes en tous genres s’entrechoquent, la ville fourmille d’activités, et notre arrivée ne passe pas inaperçue.

    Nous mettons au placard nos tenues de guerrier de la route pour aller goûter au plaisir du thé noir sur la place principale.

     

                                  

     

    Mathieu réalise son premier portrait et s’étonne de l’incroyable disponibilité des gens. Toutes personnes connaissant deux mots d’anglais sont mises à contribution pour que la communication s’établisse. D’éclats de rires en accolades, la chaleur de ces premières rencontres nous enivre. On se fera tout de même rouler comme des bleus dans une lokanta (resto) tenue par un propriétaire profitant allègrement de la présence inhabituelle de deux étrangers dans sa ville. Fair enough…c’est de bonne guerre, mais pour les prochaines négociations sur les prix nous seront prêts.

    Se délectant d’une bonne vielle Efes (bière turque) nous nous prélassons paisiblement, amusés par le Billy the kid local. Armé d’une carabine, il tire à vu tout volatile osant s’approcher trop près d’un des arbres implanté sur la place principale ; normal !!

     

         

     

    Pour l’avant dernier jour, la brume s’est une nouvelle fois installée. Je prépare mon vélo à affronter le cahot des routes Turques alors que la ville se réveille. Les dolmus (taxis communs) déposent les élèves de l’école voisine, d’autre viennent à pied, sirènes d’ambulances et klaxons retentissent. La ville se met en branle quand peu de temps avant seuls les chiens répondaient au premier appel du muezzin.

     

                                  

     

    Présentant les couleurs de St Alban aux habitants d’Ispala, je prends la direction d’Istanbul.

     

     

                        

     

        

     

    Ne possédant pas de carte précise de la région, c’est sur la quatre voie que je chemine vers l’objectif. Brouillard épais, graviers, terre, trous, absence brutale de revêtement…ajoutez à cela les lignes brutes d’une route qui transperce le paysage et le compte est bon.

     

                        

     

    Une fois le brouillard dissipé, j’aperçois l’ampleur des tronçons sur lesquels je roule. La perspective s’étend parfois sur plus de dix kilomètres. Une ligne droite déposée sur le paysage.

     

                                  

     

    Peu importe la géographie, la route s’en moque et coupe au plus court, tout droit. Ca monte, aucune importance, une bonne pente à plus de 10% et au suivant.

     

                        

     

    Comme en Italie, cette linéarité exubérante du tracé aurait pu être monotone. C’était sans compter sur l’attitude décontractée avec laquelle les Turques relativisent.

    Une route c’est pour se déplacer, alors on s’en sert. La voie de gauche pour les grandes distances, bus et camions y sont les rois. A droite la desserte locale, pour des engins pétaradant à vitesse moyenne. La bande d’arrêt d’urgence, enfin la troisième voie, est empruntée par les charrettes, les tracteurs, les troupeaux, les chiens, les deux roues et les piétons…

     

                         

     

    Notons que l’absence de barrière de sécurité, au milieu comme sur les côtés n’est pas un oubli, il faut bien traverser tout de même.

    Ce fonctionnement atypique ne doit pas être sans risque, mais il a au moins le mérite d’avoir son charme et permet d’animer une surface goudronnée qui où qu’elle se trouve reste extrêmement laide.

     

                         

     

    Je retrouve Mathieu à Malkara pour déjeuner. Une ville à la Turka, avec ces inimitables copier coller de tours et de barres. Je croise des étudiants sortant de leur fac bordant la quatre voie. Traverser pour aller déjeuner ne semble pas les perturber, situation normale.

     

                         

     

    L’enchevêtrement de ces constructions à tout de même son charme. Un je ne sais quoi de chaotique, qui mêlé aux minarets et  aux drapeaux omniprésents révèlent une certaine harmonie d’ensemble.

     

                          

     

    L’après-midi, nous rallions Tekirdag avant une halte en bord de mer. La circulation en son sein est un avant goût de celle d’Istanbul. Depuis mon vélo, j’observe l’animation des rues qui sont un danger permanent pour le cycliste, c’est excitant. Sans faire d’excès, il faut s’insérer dans une circulation trépidante, ou klaxonner est la règle de base. Cela devient du pilotage, anticiper, devancer, prévoir, esquiver, slalomer… Il suffit alors de tourner la tête un instant afin de s’émouvoir du paysage urbain dans lequel on est en train d’évoluer. C’est fantastique, jouissif, la vulnérabilité catalyse le plaisir.

     

                         

     

    Dernier jour de route. Le soleil et le vent favorable me poussent à croire que les 120 Km restant ne vont être qu’une simple formalité. Il en va ainsi jusqu'à 60 Km du but ou nous optons pour la solution chemin de traverse. Alors que Mathieu progresse sans carte et que je ne peux me fier à la mienne, notre jonction dans le village de seymen tient du miracle. Afin de profiter pleinement de cette satisfaction je rejoins Mathieu à la terrasse d’une maison de thé. Son arrivée a fait sensation, la mienne provoque des éclats de rires.  Ils sont fous ces Français.

     

                          

     

    Notre présence anime ce lieu exclusivement masculin. Autour du traditionnel thé de bienvenue mon partenaire se débat afin de se faire comprendre et arriver faire un portrait. Nous découvrons la clef qui débloque la barrière culturelle et de langage, le football. De véritables fanatiques ces turques. Nous repartons sous les yeux effarés d’un public qui ne voit vraiment pas l’intérêt de notre démarche.

     

                           

     

     

                           

     

    Nouvelle pose à Fener, après une erreur de parcours nous obligeant à faire de mon vélo un VTT et du camion un 4x4. Mathieu pourrait y vendre son camion à de nombreux amateurs venus l’admirer en nombre. Une tentative d’échange avec un de leur minibus est amorcée mais aucune transaction n’aura finalement lieu. Ils marchandent pour le plaisir et sont satisfait de nous avoir vu jouer le jeu, nous repartons tout sourire après avoir animé leur quotidien.

     

                           

     

    Istanbul est à portée de roue mais impossible de s’en approcher. La carte est réellement fausse, et les rallonges imposées par les égarements successifs commencent à me miner le moral.

     

                           

     

    Alors que tout allait pour le mieux, le final m’échappe. Les nombreuses pauses m’ont coupé les jambes. Etrangement, ma motivation décroît et elle frôle le zéro quand la pluie me tombe dessus. Dans la boue, et à travers un relief ingrat pour un cycliste à bout de nerfs je tente d’avancer tant bien que mal.

     

                           

     

                           

    Les erreurs de parcours qui s’accumulent me donnent envie de brûler cette carte qui m’exaspère. Après une errance de plusieurs heures,  et alors qu’Istanbul devrait déjà être rejoint, nous atteignons enfin la banlieue.

     

                           

     

     

     


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